Internet

Dans l'un de ses derniers articles, Cyrille évoque ma situation actuelle faite de mille tracasseries (téléphone, connexion Internet, modules solaires…), entre un soleil assassin, dès la première heure du jour, et une pluie torrentielle, en fin de journée. Mais ce que Cyrille ignore, manifestement, c'est qu'il peut ne pas en être autrement. — Voilà…

Ici, disent certains, dans ce pays que beaucoup croient maudit des dieux, plus rien ne va dans le bon sens. Les gens ne respectent plus ni tabous ni traditions. Les femmes vont en short et les hommes se percent les oreilles ! Alors, forcément, «  le bon Dieu n’est pas content. »

Les plus sages m'invitent à la lenteur et à la sérénité : — Mora mora, doucement doucement. Tout finit par s'arranger, me dit-on ordinairement. Mais voilà… est-ce seulement ma perception du temps (durée) qui est différente ? Doit-on croire qu'on fait nécessairement bien ou mieux quand on fait lentement ? Ne devrais-je pas plutôt me résigner à ne voir jamais mes attentes satisfaites ? — J'ai plutôt tendance à croire, comme Auguste, que tout irait bien assez vite si tout était bien fait. Mais voilà…

Quand on entend sonner à la porte, c'est qu'il y a quelqu'un à la porte, qui sonne pour qu'on lui ouvre la porte.

Cette réplique de La Cantatrice chauve de Ionesco, résume, à elle seule, toute la problématique à laquelle je suis ordinairement confronté : je n'ai, a priori, aucune raison de douter qu'il y a quelqu'un derrière la porte sauf si la première fois, il n'y avait personne et la deuxième fois non plus.

La première fois, quand vous appelez le service clients de votre fournisseur d'accès à Internet (FAI), qu'on vous dit que tout sera réglé rapidement, vous n'avez, a priori, aucune raison d'en douter, n'est-ce pas ? Pour entrevoir l'absurdité d'une pareille mise en doute, considérez, comme le suggère Wittgenstein, sa négation : Quand un problème survient, vous appelez le service clients de votre FAI et vous êtes certain que rien ne sera arrangé. Pour douter, ce qui vous manque ce sont les raisons. Pour autant, me direz-vous, rien n'interdit de penser qu'il pourrait en être ainsi. Soit. Mais après une bonne quarantaine d'appels (facturés, de surcroît), en deux mois, que rien n'a été réglé, vous ne pouvez plus croire que votre problème est réellement pris au sérieux et qu'un appel au service clients changera quoi que ce soit au problème que vous rencontrez. Dorénavant, si vous appelez le service clients ce n'est certainement plus dans l'espoir que votre problème sera résolu, cela va sans dire.

— Non, c'est assuré, si l'on sonne à votre porte une troisième fois, vous n'irez pas l'ouvrir. Vous êtes maintenant persuadé qu'il n'y aura personne derrière et vous n'avez aucune bonne raison de croire le contraire. Vous le reprocherait-on d'ailleurs ? Ce dont, en revanche, vous commencez à douter c'est… si l'on a bien sonné à la porte. Était-ce même une sonnerie ? Ce qui semble révéler, n'est-ce pas ? un état mental curieux mais vous ne bougerez pas sans en avoir le cœur net. À quoi bon ouvrir la porte si, par deux fois, vous l'avez ouverte en vain et, qu'à l'instant, vous n'êtes plus même certain qu'il s'agit bien d'une sonnerie ? La contrariété naît surtout du fait que, précédemment, aux deux premières sonneries, vous étiez persuadé que quelqu'un se trouvait derrière la porte et qu'il avait sonné. La mise en doute aurait été un non-sens. Mais à la troisième sonnerie, quand le doute vous a saisi, vous savez que vous avez perdu ce que vous pensiez être le sens commun de la réalité. Enfin, vous le pensez mais les choses ne peuvent-elles pas aller tout autrement que ce que vous en savez ?

De ce qu'à moi, ou à tout autre, il en semble ainsi, il ne s'ensuit pas qu'il en est ainsi…

PS : Le service clients dont il est question est celui ouvert aux abonnés de l'offre professionnelle de l'entreprise Telma.