Archives

Notule à garder dans un coin de la tête.

C'est peut-être précisément quand ton mode de pensée ou tes représentations habituelles te semblent inefficaces à saisir ou à comprendre le réel (parce qu'il ne trouve pas à s'organiser selon tes attentes ou ta convenance, parce que tu as perdu quelques-unes des mille ventouses qui te tiennent aux choses et aux êtres) que tu luttes ou que tu combats, comme l'écrivait Jean Paulhan, contre la survenue de nouvelles représentations. Ces dernières t'étant, en toute vraisemblance, interdites du fait de ton imperméabilité à un mode de pensée qui t'est étranger.

— Au fond, il faudrait encore ajouter ceci : le fait est assez banal et ordinaire. Tu supposes que tu as sur untel (ou sur un peuple, sa culture, etc.), une représentation si évidente (laquelle peut bien être partagée avec d'autres) qu'il te paraît impossible ou invraisemblable qu'on la conteste ou qu'on l'ignore. Cette représentation (ou théorie) sur l'Autre (ou les autres), tu en es même venu à penser qu'elle n'est plus à toi ou de toi tant elle te paraît évidente — et d’une évidence trop impersonnelle… un peu comme deux et deux font quatre. Et c'est peut-être précisément pour cela qu'elle est une vérité sans intérêt.

Avertissement : Cet article, écrit au lendemain des événements dont il est question dans le premier paragraphe, n'a pas été publié avant, pour ne pas ajouter à cacophonie ambiante.

Les événements tragiques qui ont secoué la France (et bien au-delà) au début de cette année, je veux parler des attentats, ont donné lieu à de nombreuses réactions, plus ou moins massives, des soubresauts aux élans plus ou moins démocratiques, des manifestions plus ou moins spontanées mais aussi des manœuvres ou des tactiques initiées par des appareils et des organisations d'obédiences ou d'idéologies diverses (laïques, religieuses, etc). Chacun y est allé de son grain de sel, plus ou moins goûteux, chacun pour y mettre son bémol, plus ou moins sonnant, chacun pour dire son mot, plus ou moins bon, ou ajouter son commentaire, plus ou moins avisé… Chacun, ou presque, se reconnaissant la liberté de livrer son propre laïus. À cela, rien à redire. En revanche…

Ces événements ont ouvert le champ de la parole et de l'opinion politique. On se questionne encore sur le sens même de la communauté, plus ou moins largement, le fameux vivre ensemble, transformant parfois cette problématique ou cet état de crise permanent, par nature, en une authentique nébulosité voire même en cloaque intuitionniste.

Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit, comme l'écrivait Gaston Bachelard, dans son essai remarquable sur La formation de l'esprit scientifique (au format PDF), en insistant sur la nécessité de poser le problème avant d'apporter quelque réponse et de toujours, comme Montaigne bien avant lui, « se garder de s'attacher aux opinions vulgaires ».

Nombreux sont ceux qui, au nom de l'éthique ou de la discipline, ont appelé au respect de l'autre et à la modération, pour pointer, aujourd'hui encore, le défi que représenterait l'idéal universaliste républicain, par les valeurs qui le fondent. Des valeurs ramassées dans la fameuse devise révolutionnaire que l'on trouve aux frontons des institutions françaises : Liberté, Égalité, Fraternité. Valeurs inscrites dans le Préambule de Constitution et dans le premier article de la Déclaration des droits de l'homme du citoyen. — Défi ambitieux, s'il en est, que celui d'un nouvel humanisme, un humanisme hérité des Lumières, un humanisme multiculturel, comme l'a défendu, sur Mediapart, Edgar Morin, un humanisme qui nous contraindrait à penser l'homme autrement, face à un Régis Debray appelant au rassemblement, dans un esprit fédéraliste de réconciliation et d'unité.

Il faut voir, je crois, cette volonté de penser l'homme autrement, cette volonté de fonder un nouvel humanisme, non dans la droite ligne de la Révolution, comme une tentative de réduction de ses ennemis au silence ou comme une épuration de tout ce qui chercherait à détruire l'unité mais bien plutôt comme le rejet d'une vision homogène de la réalité, le rejet d'une civilisation donnée comme un bloc indifférencié et identique dans toutes ses parties, afin d'articuler ce qui, à première vue, est contradictoire ou s'exclut : l'Un et l'Autre. En d'autres termes, comment ne pas dissoudre les différences culturelles dans la mise en œuvre d'un principe d'identification unitaire ? Ou comment ne pas réduire l'autre au même, c'est-à-dire à soi ?

Dans l'un de ses derniers articles, Cyrille évoque ma situation actuelle faite de mille tracasseries (téléphone, connexion Internet, modules solaires…), entre un soleil assassin, dès la première heure du jour, et une pluie torrentielle, en fin de journée. Mais ce que Cyrille ignore, manifestement, c'est qu'il peut ne pas en être autrement. — Voilà…

Ici, disent certains, dans ce pays que beaucoup croient maudit des dieux, plus rien ne va dans le bon sens. Les gens ne respectent plus ni tabous ni traditions. Les femmes vont en short et les hommes se percent les oreilles ! Alors, forcément, «  le bon Dieu n’est pas content. »

Les plus sages m'invitent à la lenteur et à la sérénité : — Mora mora, doucement doucement. Tout finit par s'arranger, me dit-on ordinairement. Mais voilà… est-ce seulement ma perception du temps (durée) qui est différente ? Doit-on croire qu'on fait nécessairement bien ou mieux quand on fait lentement ? Ne devrais-je pas plutôt me résigner à ne voir jamais mes attentes satisfaites ? — J'ai plutôt tendance à croire, comme Auguste, que tout irait bien assez vite si tout était bien fait. Mais voilà…

Quand on entend sonner à la porte, c'est qu'il y a quelqu'un à la porte, qui sonne pour qu'on lui ouvre la porte.

Cette réplique de La Cantatrice chauve de Ionesco, résume, à elle seule, toute la problématique à laquelle je suis ordinairement confronté : je n'ai, a priori, aucune raison de douter qu'il y a quelqu'un derrière la porte sauf si la première fois, il n'y avait personne et la deuxième fois non plus.

La première fois, quand vous appelez le service clients de votre fournisseur d'accès à Internet (FAI), qu'on vous dit que tout sera réglé rapidement, vous n'avez, a priori, aucune raison d'en douter, n'est-ce pas ? Pour entrevoir l'absurdité d'une pareille mise en doute, considérez, comme le suggère Wittgenstein, sa négation : Quand un problème survient, vous appelez le service clients de votre FAI et vous êtes certain que rien ne sera arrangé. Pour douter, ce qui vous manque ce sont les raisons. Pour autant, me direz-vous, rien n'interdit de penser qu'il pourrait en être ainsi. Soit. Mais après une bonne quarantaine d'appels (facturés, de surcroît), en deux mois, que rien n'a été réglé, vous ne pouvez plus croire que votre problème est réellement pris au sérieux et qu'un appel au service clients changera quoi que ce soit au problème que vous rencontrez. Dorénavant, si vous appelez le service clients ce n'est certainement plus dans l'espoir que votre problème sera résolu, cela va sans dire.

— Non, c'est assuré, si l'on sonne à votre porte une troisième fois, vous n'irez pas l'ouvrir. Vous êtes maintenant persuadé qu'il n'y aura personne derrière et vous n'avez aucune bonne raison de croire le contraire. Vous le reprocherait-on d'ailleurs ? Ce dont, en revanche, vous commencez à douter c'est… si l'on a bien sonné à la porte. Était-ce même une sonnerie ? Ce qui semble révéler, n'est-ce pas ? un état mental curieux mais vous ne bougerez pas sans en avoir le cœur net. À quoi bon ouvrir la porte si, par deux fois, vous l'avez ouverte en vain et, qu'à l'instant, vous n'êtes plus même certain qu'il s'agit bien d'une sonnerie ? La contrariété naît surtout du fait que, précédemment, aux deux premières sonneries, vous étiez persuadé que quelqu'un se trouvait derrière la porte et qu'il avait sonné. La mise en doute aurait été un non-sens. Mais à la troisième sonnerie, quand le doute vous a saisi, vous savez que vous avez perdu ce que vous pensiez être le sens commun de la réalité. Enfin, vous le pensez mais les choses ne peuvent-elles pas aller tout autrement que ce que vous en savez ?

De ce qu'à moi, ou à tout autre, il en semble ainsi, il ne s'ensuit pas qu'il en est ainsi…

PS : Le service clients dont il est question est celui ouvert aux abonnés de l'offre professionnelle de l'entreprise Telma.

Nouvelle localisation. Code postal : Tanà 101. Analamahitsy.

Ici, sur ce carnet de notes, le lieu est somme toute indifférent. Que j'écrive du nord ou du sud du monde n'a, au fond, pour vous, aucune espèce d'importance. Sinon, peut-être, pour ceux qui me suivent de voyage en errance.

Mais voilà… près de deux mois que je suis installé à Tanà, à Madagascar. Résident. Deux mois que mon appareil photo est au clou. Pas une photo, pas un article publié ici — je n'ai rien écrit de vraiment conséquent, juste deux trois posts sur quelques réseaux sociaux. Rien de plus dans la vie numérique. Les priorités sont ailleurs, plus immédiates, plus quotidiennes, plus ordinaires : eau, électricité, déplacements, démarches, approvisionnement…

Avoir une connexion Internet fiable, ici, n'a pas été une mince affaire. Les offres sont coûteuses et le service modulaire, comme ils disent, dans la langue commerciale, pour débit irrégulier. — Très irrégulier, en réalité, notamment sur les offres destinées aux particuliers. Rien n'est garanti. Sinon le prix et l'instabilité du service, i.e. cher et pénible (250 000 ariary env. / 1 € = 3700 ariary).

Au quotidien, les coupures électriques (plusieurs heures par jour) et les coupures d'eau (un peu moins fréquentes) se multiplient… Bref, de quoi redéfinir et réorganiser ses priorités. Une solution : penser sérieusement aux alternatives que l'on qualifierait, dans le nord du monde, d'écologiques, comme le solaire pour l'électricité (panneaux) et l'eau chaude (ballon), histoire d'être (plus) autonome des services locaux, histoire de pouvoir travailler la nuit tombée.

— Ici, le nuit tombe tôt. Vers entre 17 et 18 heures. On se couche et se lève tôt. Les coupures électriques du soir, d'une à trois heures, sont, pour le moment, comme une longue et lente parenthèse à la bougie et à la lampe solaire. La batterie de l'onduleur n'est pas assez puissante, la plupart du temps, pour pallier aux avaries. Deux solutions : un groupe électrogène ou une installation solaire. La deuxième me va mieux mais ce n'est pas la plus simple à mettre en œuvre. Ce marché explose ici avec sa cohorte de techniciens improvisés. Disons que… si tout se passe au mieux, notre maison sera solaire et plus ou moins autonome d'ici la fin de la semaine prochaine. À suivre.

En migrant au sud du monde, ici, à Madagascar, je savais l'approvisionnement en livres imprimés papier difficile. J'avais rencontré cette même difficulté quand je vivais à Mayotte où la liseuse numérique (ebook) m'était rapidement devenue essentielle. Le premier modèle acheté était le cybook de Bookeen. L'écran a pris un mauvais coup dans mon sac à dos, l'appareil HS a été remplacé par le même modèle, HS lui aussi, remplacé lui-même par un nouveau modèle, le Muse Essential, de nouveau HS en arrivant ici, suite à une désastreuse mise à jour (je vous fais grâce des échanges avec le service après vente du constructeur), remplacé lui aussi par un autre modèle, le Muse Frontlight, qui m'est m'arrivé par les services postaux rapidement (envoi d'un ami). — Si je suis absolument convaincu par cette technologie qui me rend aujourd'hui de fiers services, je le suis beaucoup moins par la robustesse de ces appareils. De 2008 à 2015, quatre appareils. Pas très bon marché.

Aujourd'hui, j'habite dans un pays qui semble maudit des dieux. Sinistre après sinistre (politique, climatique, humanitaire…), le pays est, aujourd'hui, dévasté de long en large. Comme nous l'a dit une amie à notre arrivée : Qu'est-ce que vous venez foutre en enfer ? — La réponse est difficile à formuler clairement et simplement. Je m'y essaierai prochainement.

J'étais invité, dimanche dernier, dans l'émission Tea Time Club, avec Tobie Nathan, en deuxième heure : (se) raconter des histoires (à partir de la 57e minute).

Le format d'une émission comme celle-ci, vous pouvez vous en douter, n'autorise pas de développement conséquent. Il n'y a pas à le déplorer. C'est ainsi.

En revanche, dans le studio, hors antenne, et dans les couloirs de Radio France, nous avons eu le temps d'échanger davantage. J'aurai l'occasion d'y revenir.